Historique de l'orphelinat


Historique de l'orphelinat
Historique de l'établissement

Quand les orphelins habitaient à la Krutenau

Nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi il existe à la Krutenau une « Place des Orphelins, Rue des Orphelins et même une Rue Fossé des Orphelins ». L’étude des archives municipales révèle que l’histoire de ce quartier est entre autres liée à celle de l’Orphelinat de la ville de Strasbourg.

Avant le XIVe siècle, les orphelins, les enfants trouvés, les malades et les demandeurs d’asile étaient tous accueillis à l’Hôpital de la ville qui se trouvait près de la cathédrale dans l’actuelle « Rue du Vieil Hôpital ».

Dans la Utengasse

C’est probablement vers 1316, après la grande peste qui ravagea la ville (1313-1315) et après le transfert « extra muros » de l’Hôpital près de la Porte de l’Hôpital que les orphelins furent séparés des malades tant pour des raisons sanitaires qu’éducatives.

Un document du XVe siècle nous précise que l’orphelinat de la ville se situait alors dans la Utengasse non loin du Utentörlin.

La « Utengasse » n’est autre que la rue Sainte Madeleine. Cette première appellation apparaît en 1295 et vient probablement de la maison n° 2 dite « Zu Hern Uten », elle changera plusieurs fois de nom au cours des siècles pour devenir sous la Révolution « Rue de l’Amour maternel ».

A son extrémité, près du mur d’enceinte s’élevait une poterne « Le Utentörlin » datant de 1228 et détruite en 1779.

Le plus vieil orphelinat de la ville de Strasbourg occupait donc vraisemblablement le secteur délimité de nos jours par l’impasse Sainte Madeleine, la rue Sainte Madeleine. (N°20 et suivant) et la Place des Orphelins juste à côté de l’enceinte médiévale (1228-1334) dont une petite partie est encore visible aujourd’hui rue du Fossé des Orphelins. Ce fossé : le « Waisengraben » a été comblé et transformé en ruelle vers 1822.

En ce temps-là, le nombre des orphelins ne cessait d’augmenter. Comme l’institution était municipale et l’administration très soucieuse du sort de ces »pauvres enfants » de nombreuses quêtes furent organisées et l’établissement fut doté en 1500 d’un règlement très précis : « Ordenunge der Weysen in der unser Herren Meister und Rat, Schöffel und Ammann überein kommen sind. »

Deux honnêtes et nobles bourgeois choisis parmi les membres du Conseil et de la Chambre des XXI furent chargés d’en surveiller l’application et furent désignés comme tuteurs ou directeurs des orphelins. Ils devaient veiller sur l’orphelinat et ses enfants et vérifier que le Receveur de l’orphelinat, le Père et la Mère des orphelins (Waisenvater und Waisenmutter) ainsi que les employés s’acquittassent avec zèle et probité de leurs tâches. Ces fonctions étaient honorifiques puisque leur seule rétribution consistait en deux fromages, l’un livrable à Noël, l’autre en été. Ce règlement fut à différentes reprises modifié et étendu mais subsista dans ses grandes lignes jusqu’à la Révolution française faisant de l’orphelinat une institution modèle qui témoignait de l’intérêt bienveillant que lui portaient les représentants et les habitants de la ville.

Au couvent Sainte Catherine

La grande famine de 1518 et la guerre des paysans augmentèrent encore sensiblement le nombre des pauvres et des orphelins, pour se procurer de l’argent on eut recours pour la première fois au moyen des indulgences. Avec l’arrivée de la Réforme de nombreux couvents se vidèrent et la Ville employa leurs revenus pour l’enseignement et l’assistance des plus démunis. L’orphelinat fut transféré dès 1534 dans les locaux plus spacieux du Couvent Sainte Catherine que les religieuses de l’ordre de Saint Dominique venaient de quitter. Le Couvent avait été établi sur l’îlot de la Krutenowe (Krutenau-owe ou au signifiant aussi île) hors enceinte de la ville en 1243 et reconstruit en 1397 après l’incendie de la Saint Julien. Il se trouvait non loin de l’actuelle rue Sainte Catherine à l’angle de la Place de Zurich et de la rue des Orphelins. (Waisengasse, rue de l’Adoption en 1794 et rue des Enfants de la Patrie en 1795). Le Couvent fut transformé en Orphelinat protestant en 1534, devint après l’annexion française en 1687 Orphelinat pour les deux cultes puis Institut des Enfants de la Patrie en 1792 et Maison nationale des orphelins en 1794. En 1835 cet enclos fut annexé par la Caserne d’artillerie toute proche (Caserne d’Austerlitz). L’église Sainte Catherine quant à elle servit dès 1557 de grenier à bois et surtout de grenier à blé.

Jusqu’à la loi du 16 Vendémiaire de l’An V qui le rattacha aux Hospices civils, l’Orphelinat resta une Fondation autonome qui possédait un important patrimoine provenant de dons et legs divers. Entre 1527 et 1788 plus de trois cents habitants avaient laissé des biens à cet Hospice.

Entre autres, Nicolas Berer avait légué pour le salut de son âme, celui de ses ancêtres et de ses descendants une redevance annuelle de sept sacs de seigle à la condition que chaque année, à la date du 6 décembre, Fête de Saint Nicolas, chaque orphelin sachant marcher seul recevrait une pomme rouge avec un nouveau Pfennig de Strasbourg ainsi qu’une belle paire de chaussures neuves en contre partie d’une oraison dominicale de temps en temps et d’un Ave Maria. Les occasions de verser de simples aumônes étaient fort nombreuses et toutes les semaines la « boîte des orphelins » sorte de tronc ambulant, était portée par toute la ville.

Cinq fois par an- à Nouvel an, Pâques et lors des trois grandes foires qui se tenaient alors à Strasbourg avait lieu le solennel « Waisenhumzug » : la procession des orphelins. Un très beau vitrail de 1608 qui se trouve encore dans l’actuel Foyer de la Jeunesse Charles Frey témoigne de cette coutume. (Voir photo ci-contre)

« En compagnie du père et de la mère des orphelins, six couples d’orphelins parcouraient la ville en chantant ou en criant : le père et la mère veillaient à ce que les enfants aient un maintien convenable et poli. L’argent ramassé était mis dans une boîte que le père des orphelins portait à la main ou à sa ceinture. Les autres dons étaient mis dans une hotte, portée par un domestique qui accompagnait les quêteurs ; c’est surtout lors de la tournée de Pâques que le domestique ne devait pas manquer, car c’est à cette occasion qu’étaient ramassés les innombrables œufs de Pâques colorés. Pendant cette tournée les orphelins criaient : « n’oubliez pas les œufs de Pâques des pauvres orphelins ! Dieu vous le rende ! »

Mais ces générosités donnèrent lieu à des abus, les ménagères strasbourgeoises gâtant trop les enfants, ces charmantes tournées furent peu à peu supprimées. Ce fut certainement au regret des orphelins car comme en témoigne le règlement de 1741 la vie à l’Hospice était très stricte et l’axiome « prie et travaille » à l’honneur.

Au couvent Sainte Madeleine

En 1836, la Ville céda l’emplacement de l’orphelinat de Sainte Catherine au Ministre de la Guerre qui souhaitait y élever une vaste caserne. En échange elle obtint les bâtiments du Couvent Sainte Madeleine alors occupés par les magasins d’équipement militaire depuis 1795. En 1225, cinq jeunes strasbourgeoises avaient fondé au Waseneck (Contades) sous le vocable de Marie Madeleine un Couvent de Repenties (Reuerinnen) soumis à la règle de Saint augustin. Agrandi en 1275, il fut démoli deux cents ans plus tard pour des raisons militaires. Les religieuses vinrent alors s’installer dans un vaste espace près de la Utengasse, l’actuelle partie de la Place Sainte Madeleine –côté écoles. En 1478, on procéda en présence de Geiler de Kaysersberg à la pose de la première pierre de l’église Sainte Madeleine. (L’église qui était orientée différemment donnait sur une place à l’époque fermée). En 1538, l’église fut utilisée par les Calvinistes et en 1789 seules trente et une religieuses demeuraient encore au Couvent. Avant l’arrivée des Orphelins, la Ville et les Hospices civils firent entreprendre d’importants travaux. Le nouvel Hospice des Orphelins comportait deux ailes de 40m, l’une donnant sur les jardins côté rue des Bateliers, l’autre sur la cour côté rue Sainte Madeleine, une troisième aile de 60m qui longeait la rue du Fossé des Orphelins reliait le tout. Au rez de chaussée se trouvaient les locaux communs de l’école –au premier étage ce qu’on appelait à l’époque le « dépôt » c’est-à-dire l’Asile départemental des enfants trouvés et des orphelins.

Mais à peine installés le bruit se répandit en ville que les Hospices civils souhaitaient récupérer ces nouveaux locaux et que l’enseignement et l’éducation des orphelins étaient nettement insuffisants par rapport aux besoins et aux dépenses effectuées. L’établissement fut défendu de façon véhémente par le Docteur Schneegans et le Pasteur Röhrig et la ville conserva cette institution municipale dont elle pouvait être fière et qui était si chère aux strasbourgeois. Un certain nombre de réformes furent entreprises en faveur des pupilles et une attention plus particulière fut accordée à leur éducation. Une école fut par exemple créée au sein de l’orphelinat mais très vite supprimée. On jugea en effet préférable pour les orphelins et leur future intégration dans la société de fréquenter les écoles du quartier afin de bénéficier de la même éducation que tous les autres enfants et d’avoir des contacts avec eux et le monde extérieur.

En 1875 fut organisée la première Fête des Anciens Pupilles et de là naquit l’Association des Anciens Orphelins de l’Hospice de la ville de Strasbourg, qui fête ses 130 années d’existence, sous l’appellation Association des Anciens Élèves du Foyer de la Jeunesse Charles Frey et de l’Hospice des Orphelins de la ville de Strasbourg.

Dans la nuit du 6 au 7 août 1904 la cathédrale se mit à sonner peu après 23 heures. Un terrible incendie ravageait l’orphelinat et l’église Sainte Madeleine détruisant ses célèbres vitraux. Malgré les efforts des pompiers les bâtiments et les biens ne purent être sauvés, par contre les cent trente quatre orphelins et les membres du personnel étaient tous sains et saufs. Durant les cinq années suivantes les enfants furent hébergés à l’Hôpital, à l’Ancien Dépôt et à l’Institution Jacoutot. En 1909 ils purent regagner leur nouvel orphelinat, un établissement moderne érigé d’après les plans du Professeur Vetterlein sur l’emplacement d’une ancienne gravière.

M.K.